dimanche 27 octobre 2019

décroissance

Un article qui m'a touché : « Il n'y a qu'une solution : décroître très fortement ».

J'en retiens quelques idées principales :
La croissance verte est une illusion.
Il ne faut pas consommer mieux, mais il faut ne pas consommer du tout dans 80% des cas, et mieux (c’est à dire avec moins de ressources) pour les 20% restants.
Une vie compatible avec la décroissance est très difficile à avoir en ville.
Nos gouvernants sont coincés, car décroître signifie réduire l'impôt collecté alors que nos Etats sont endettés et qu'il n'y a pas de vision partagée sur ce chemin de décroissance.
Comment donner l'opportunité aux citoyens de sauter le pas? sauter le pas, c'est-à-dire : partir à la campagne, manger ce que l’on produit et essayer d’être autonome sans jamais rien brûler ou utiliser d’énergies faussement renouvelables.

mercredi 19 juin 2019

flygskam --> fiets trots

Les Suédois ont inventé un nouveau mot : flygskam. Il illustre le sentiment de honte que ressentent les personnes sensibles au devenir de la planète face à l'idée de prendre l'avion et de participer aux effets néfastes du transport aérien sur l'environnement.

Quelques chiffres : on estime que 2% des émissions carbones mondiales découlent du transport aérien. Sur un trajet de 500km, un avion de ligne rejette entre 145 et 241kg de CO2 par passager. Avec en prime de l’oxyde d’azote, du monoxyde de carbone, du dioxyde de soufre et des multiples particules fines qui restent dans l’air.

Quand on compare les émissions de gaz à effet de serre des différents modes de transport "modernes" (c'est-à-dire qu'on n'y trouve pas la marche à pied, le transport à dos de cheval ou les véhicules hippomobiles), on constate de grands écarts :

En même temps, l’avion n'est pas forcément le mode de transport le plus polluant, cela dépend du type de trajet, du nombre de passager et de la distance, comme expliqué ici.

Selon Céline Deluzarche :
Avec 13,41 gigatonnes de CO2 émis en 2016 dans le monde, le transport est le deuxième contributeur de gaz à effet de serre derrière la production d'énergie et d'électricité. Les trois quarts des émissions liées au transport sont dues aux camions, bus et voitures. La route a ainsi généré 5,85 gigatonnes de CO2 en 2016, selon l'AIE. Une hausse de 77 % depuis 1990. Avec 0,91 gigatonne par an, l'avion arrive deuxième. Le transport aérien est donc globalement responsable de 2,8 % des émissions de CO2 dans le monde.

ou encore :

Le transport ferroviaire parait bien être le plus efficace pour minimiser l'impact sur le climat d'un transport longue distance.

Que ce soit à propos de transport aérien ou automobile, il est intéressant de constater que progresse un sentiment de honte : honte de polluer, honte de contribuer au changement climatique, en clair de honte d'oblitérer notre futur. Ce sentiment pourrait déboucher sur des transports "climato-responsables", comme on a vu éclore le commerce équitable, la banque éthique ou les investissements socialement responsables (en prenant les pincettes qui s'imposent). Cela pourrait s'amplifier en une honte de rester passifs, inactifs face aux bouleversements de plus en plus inéluctables du climat.

Mais cela me parait particulièrement important de dépasser ce sentiment de honte pour ressentir la fierté de contribuer au changement dont le monde a vraiment besoin, pas le changement climatique redouté, mais un retournement de nos modes de vie, pour retrouver plus de temps, consommer moins d'énergie, émettre moins de gaz à effet de serre, avoir plus de joie et de simplicité.

En clair, passer du flygskam au fiets trots !!


jeudi 13 juin 2019

états d'âme des étudiants


Ce réveil de la conscience des futurs ingénieurs et cadres techniques, on le retrouve également chez les étudiants en école de commerce et d'autres formations, comme le prouve la diversité de la liste des signataires du manifeste étudiant pour un réveil écologique, dont je cite ici de larges extraits, autant parce que je m'y reconnais que parce qu'ils me paraissent significatifs de l'évolution des mentalités de ceux qui préfèrent inventer aujourd'hui le système de demain plutôt que faire tourner demain le système d'aujourd'hui :

"
Le fonctionnement actuel de nos sociétés modernes, fondé sur la croissance du PIB sans réelle considération des manques de cet indicateur, est responsable au premier chef des problèmes environnementaux et des crises sociales qui en découlent. Nos systèmes économiques n’ont toujours pas intégré la finitude des ressources ni l’irréversibilité de certaines dégradations écologiques. Nos systèmes politiques, contraints par l’expression d’intérêts contradictoires souvent éloignés de l’intérêt général, peinent à proposer une vision à long terme et à prendre des décisions ambitieuses effectives pour un renouveau de société. Nos systèmes idéologiques, enfin, valorisent des comportements individualistes de recherche du profit et de consommation sans limite, nous conduisant à considérer comme « normaux » des modes de vie pourtant loin d’être soutenables.
[...]
Nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu’un changement radical de trajectoire est aujourd'hui l’option qui nous offre les perspectives d’avenir les plus épanouissantes. [...] Nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. [...] Nous, futurs travailleurs, sommes prêts à questionner notre zone de confort pour que la société change profondément.
[...]
Nous affirmons qu’il est possible de bien vivre sans sombrer ni dans l'ultra-consommation ni dans le dénuement total ; que l’économie doit être consciente de sa dépendance à son environnement pour être pérenne ; et que la réponse aux problèmes environnementaux est cruciale pour la réduction des inégalités et des risques de conflits. La société que nous voulons n’est pas une société plus dure, plus triste, de privation subie ; c’est une société plus sereine, plus agréable, de ralentissement choisi.
[...]
En tant que citoyens, en tant que consommateurs, en tant que travailleurs, nous affirmons donc dans ce manifeste notre détermination à changer un système économique en lequel nous ne croyons plus. Nous sommes conscients que cela impliquera un changement de nos modes de vie, car cela est nécessaire : il est grand temps de prendre les mesures qui s’imposent et de cesser de vivre au-dessus de nos moyens, à crédit de la planète, des autres peuples et des générations futures. Nous avons besoin d’un nouvel objectif que celui du maintien à tout prix de notre capacité à consommer des biens et des services dont nous pourrions nous passer. Nous devons placer la transition écologique au cœur de notre projet de société.
"


Cette prise de conscience des étudiants, gagnant en lucidité sur la société qu'ils vont intégrer prochainement en tant que contributeurs économiques actifs, me renvoie à ma propre prise de conscience de ces dernières années (les premiers posts de ce blog en 2011 ne faisaient que peu de place aux causes systémiques des enjeux climato-énergétiques), ainsi qu'au livre "Candide jeune ingénieur, fait de la résistance", de Jean-Noël Contensou, que j'ai lu il y a quelques années. Le héros étudiant s'y interroge sur ses motivations et tente de comprendre ce qu'il est amené à devenir : un mercenaire prêt à s’investir dans la conception et la fabrication de tout ce qui se vend, quels que soient les dégâts collatéraux. Prenant conscience de sa collaboration à un envahissement technologique aveugle et condamnable, il fait le choix conscient et courageux de renoncer à une carrière brillante mais douloureuse, au profit d'ambitions humaines et intellectuelles à sa mesure.

C'est le chemin que nous sommes un certain nombre à parcourir en ce moment.

science et technique : états d'âme de l'ingénieur

J'ai écouté récemment le discours honnête et courageux de Clément Choisne à sa remise de diplôme d'ingénieur de Central Nantes.

Commençant par une citation d'Albert Camus très à propos, « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. », le nouveau diplômé exprime ensuite les doutes des jeunes attirés et/ou doués par les matières scientifiques et se retrouvant à collaborer à un envahissement exponentiel de nos vies par la technologie, et une course puérile à la consommation :
« Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités de notre société ne cessent de s’aggraver, que le GIEC pleure et que les êtres se meurent, je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. [...] L’éthique, c’est ce que doit retrouver l’ingénieur, et ne pas perpétuer les erreurs du passé et du sacro-saint progrès qui devrait et pourrait toujours nous sauver. Je vous rappelle par exemple que nous, ingénieurs, sommes les géniteurs de l’obsolescence programmée. [...] Je pense qu’il n’est pas trop tard de faire de Centrale Nantes un laboratoire de solutions techniques sobres et durables, de changer la donne et de construire un futur souhaitable où l’argent n’est plus la seule valeur. »
Et Clément Choisne termine son discours par une autre citation tout aussi à propos : « Ne doutez jamais qu'un petit groupe d'individus conscients et engagés peuvent changer le monde. C'est toujours comme cela que ça s'est passé », Margaret Mead.


Pour ma part, je pense avec Hervé Kempf qu'il est temps de remettre l’activité scientifique au service de l’intérêt général. La plupart des profils scientifiques ont été pervertis par notre système, et amenés à développer des technologies non parce qu'elles répondent à nos problématiques communes à long terme mais parce qu'elles peuvent enrichir des intérêts individuels à court terme (en cela bien aidé par la publicité), ou parce qu'elles peuvent accroître la productivité de l'activité industrielle (même si cela supprime du travail humain, augmente la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre), et cela sans peser ou assumer les risques et les inconvénients, et parfois les conséquences néfastes. Plutôt que d'avoir des scientifiques au service de lobbies ou d'intérêts particuliers, Hervé Kempf propose une maîtrise publique de l'activité scientifique, pouvant même s'impliquer démocratiquement dans le choix des pistes de recherche. Vaste programme.

jeudi 6 juin 2019

l'engagement des pères

"Il n'y a qu'un aventurier au monde, c'est le père de famille. [...] Il est responsable de tout, du présent, de l'avenir, et même du monde, et de la société dans lequel on vit et qu'il laissera à ces enfants dont il se sent pleinement responsable."
Charles Péguy

PIB, énergie, CO2

Ces trois indicateurs mis côte à côte :

Je crois de moins en moins que nous arriverons à stabiliser nos émissions de CO2 puis à les réduire tout en continuant à chercher la croissance du PIB.

Et pendant ce temps les températures continuent à croître...

détournement d'Europe

Ayant vu le drapeau européen récupéré par l'extrême-droite et détourné pour attirer les votes des gilets jaunes, je regrette d'avoir moi aussi modifié ce drapeau.