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mardi 23 février 2021

quota d'énergie/matière par individu

Si nous avons vu qu'il serait souhaitable de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, il existe de nombreux chemins pour y parvenir.


En voici un, original, proposé par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton dans leurs Propositions pour un retour sur Terre :

Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu (variable en fonction de la situation géographique et de la part « contrainte » des dépenses). Il s’agirait de plafonner démocratiquement, de façon progressive, les consommations d’énergie / matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). De tels plafonnements pourraient être mis en place non seulement pour les achats directs d’énergie, mais pour tous les produits (chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie / matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel). Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Ces plafonnements s’accompagneraient de péréquations de façon à garantir à tous les Français des conditions de vie équitables : les régions moins bien dotées pourraient recevoir des “transferts de quotas” provenant des régions les mieux dotées, en respectant à terme une empreinte écologique globale inférieure ou égale à 1. Sans de tels plafonnements, absolus et non négociables, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné, autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations “hors quota” (c’est le principe des “marchés de quotas”, par exemple de la “carte carbone” conçue par les Britanniques avant la crise de 2008, les riches pouvant racheter aux pauvres leurs quotas), ce qui reviendrait à marginaliser une grande partie de la population et à accroître les inégalités sociales.

Il n’y a jamais avec de tels quotas qu’un mode de gestion séculaire, celui des communs, toujours assortis, comme l’a montré Elinor Ostrom, de règles d’usage rigoureuses. Et rappelons-le, nous concernant, nous sommes déjà en situation de surpâturage climatique et biologique.

lundi 1 juin 2020

croissance et ressources

"Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste", raillait l'économiste américain Kenneth Boulding il y a plus de 40 ans.

A l’origine, la croissance économique désigne l’augmentation de la production des biens et services, que l'on mesure classiquement par le taux de croissance du PIB.
Jean--Marc Jancovici a un très bon petit schéma qui relie PIB, stock de ressources naturelles et stock de produits artificiels, fait apparaître le rôle démultiplicateur des énergies fossiles, la boucle de rétroaction positive du capital sur le stock de produits artificiels, et la boucle de rétroaction négative de la pollution sur les ressources naturelles :
(je vous encourage à lire ici la mise en place progressive de ce schéma).

On comprend que produire des biens et des services consomme des ressources naturelles. Au cours de l'histoire, nous avons amélioré l'efficacité de nos systèmes de production de manière à obtenir plus de produits artificiels avec moins de ressources. Mais nous avons entamé les stocks de ressources tant renouvelables que non renouvelables, et une prolongation de la tendance provoquera l'épuisement de ces stocks donc le ralentissement (l'arrêt de l'activité économique).

Toute croissance exponentielle est destinée à s’effondrer un jour. Une objection à cette perspective est que la croissance exponentielle du PIB mondial ne s'est pas faite sur un seul et même stock de ressources naturelles, mais sur des plateformes économiques successives utilisant des ressources différentes : la pierre, les métaux, le bois, le charbon et l'acier, le pétrole et la chimie, l'énergie nucléaire. C'est ce que Solidarité&Progrès présente ainsi dans cette vidéo :

De plus, chaque nouvelle plateforme économique est plus efficace que la précédente : elle consomme moins de matière (ou de ressources naturelles) pour produire plus d'énergie (ou de biens artificiels) : la croissance exponentielle est constituée de l'addition de la production de ces différentes plateformes dont la densité énergétique va croissant :

Ainsi, si nous avions construit le premier schéma en 1900, nous n'aurions pas considéré l'uranium dans le cercle "ressources naturelles".
C'est que dit ici Mathieu Mucherie : "la notion de ressources est extraordinairement élastique. Ce que vous considérez comme une ressource aujourd'hui, ce n'en sera pas une demain, et inversement ce qui n'est pas une ressource aujourd'hui en sera une demain. C'est l'exemple de l'insuline, du pétrole, des fréquences hertziennes. Ces choses ont toujours existé et sont devenues des ressources quand on a fini par les exploiter. Avant de les exploiter économiquement, ces éléments n'étaient pas des ressources."

On peut faire confiance au génie humain pour trouver le socle de la prochaine plateforme économique, qui fera rentrer de nouveaux matériaux dans le cercle des ressources naturelles, et assurera à l'humanité de qui continuer à augmenter la production de biens artificiels et le niveau de vie de l'humanité.

J'ai quelques objections à cette vision optimiste.
D'abord le temps : on observe une accélération du rythme des plateformes économiques, et chaque plateforme franchit un niveau de complexité et implique un niveau de risque plus élevé.
Les pics pétrolier et gazier sont proches (ou déjà passés). Il nous reste peu de temps pour concevoir un substitut, le qualifier (y compris sa sûreté et sa fin de vie), et réaliser le basculement des infrastructures et modes de vie vers cette nouvelle plateforme. J'ai confiance dans le génie humain pour comprendre de plus en plus finement le monde dans lequel nous vivons et en tirer profit (même si pour l'instant nous avons plutôt démontré notre capacité à exploiter les capacités de notre environnement au risque de les abîmer, plutôt que de tirer profit des synergies de cet environnement sans que nos prélèvements le déséquilibrent). Mais le temps presse et j'ai des doutes que nous sachions en si peu de temps mobiliser les efforts et investissements colossaux nécessaires pour industrialiser une alternative et la déployer à grande échelle. A titre d'exemple, on peut étudier comment nous avons développé et mis en oeuvre les plateformes du charbon et de l'acier, ou du pétrole/gaz/chimie, ou de la fission nucléaire (premières connaissances théoriques fin 19ème siècle / début 20ème, et première centrale nucléaire en 1951). Et le nucléaire répond imparfaitement aux usages du pétrole.
Thierry Carminel souligne que la vitesse de diffusion d'une technologie est limitée selon le théorème de Pierce : "Le taux de croissance d’une technologie ne doit pas dépasser l’inverse de son temps de retour énergétique pour que celle-ci mette de l’énergie nette à disposition de la société".

Après cette première objection sur la durée, deuxième objection sur le niveau de complexité. En plus de l'accélération du rythme des plateformes (rendu nécessaire par notre démographie comme par notre appétit insatiable), on observe aussi des sauts de complexité et de niveau de risque. La production de charbon de bois est moins complexe que l'extraction de la houille ; le pétrole et le gaz sont de plus en plus complexes à extraire ; la mise en oeuvre de l'énergie nucléaire demande un niveau scientifique et technologique encore supérieur. Le nucléaire, à titre d'exemple, nous engage sur de très longues durées. Nous avons fait le pari que nous connaîtrions une très longue période de stabilité politique, économique et technologique qui nous permettra de continuer à former des spécialistes, maintenir ou démanteler des installations vieillissantes, surveiller pendant très longtemps des déchets dangereux... La complexité en elle-même peut être un facteur d'effondrement comme Joseph Tainter dans “L'effondrement des sociétés complexes”. Les conséquences d'une erreur humaine sur le fonctionnement d'une mine de charbon ou d'un train ne sont pas du même ordre en terme d'impact comme en terme de durée qu'un accident industriel d'un bateau pétrolier ou d'une usine chimique, lui-même inférieur aux conséquences d'un accident nucléaire.

Troisième objection : même avec une nouvelle plateforme économique qui nous permettrait d'exploiter de nouvelles ressources, nous ne réparerons pas les pertes de biodiversité et nous ne ferions que prolonger la consommation de notre environnement. Même si on peut discuter des chiffres, l'ordre de grandeur est bien là, et nous vivons une extinction massive du vivant (végétaux, insectes, poissons, oiseaux, mammifères..). Nous savons déjà que ces disparitions sont définitives.
Le dérèglement climatique est également une sérieuse menace. Nous allons devoir nous adapter rapidement aux pertes de rendement dans l'agriculture, à l'augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles, à les montées des eaux, etc. En espérant que l'avènement d'une nouvelle plateforme économique sur de nouvelles ressources n’accélérera pas le réchauffement climatique, l'inertie très importante du système climatique mondial fait que nous continuerons à subir les conséquences des émissions de gaz à effet de serre des années passées.

Dernière objection : il est louable de vouloir l'amélioration des conditions de vie de tous les hommes, notamment en terme d'accès à l'eau et à l'alimentation, aux soins et aux connaissances. Je comprends aussi qu'on veuille maintenir le niveau de vie des pays privilégiés. C'est sans doute facile à écrire depuis ma position privilégiée, mais nous savons qu'il n'est pas physiquement possible que tous les hommes vivent aujourd'hui avec le même niveau de confort, en tous cas sur la base des plateformes économiques actuellement maîtrisées. Heureusement, nous savons aussi qu'on peut vivre heureux avec moins de PIB.

Je ne vois pas vraiment quelle pourrait être la prochaine plateforme économique. Le candidat le plus crédible est la fusion nucléaire, mais les coûts engagés sont déjà immenses et on est encore très loin de l'application industrielle. La fusion ne sera pas opérationnelle à grande échelle avant plusieurs dizaines d'années. J'aimerais beaucoup que l'on sache piloter des AVE (Atmospheric Vortex Engine) mais nous ne semblons pas proche de la mise en oeuvre 
Les autres pistes comme les sphères ou structures de Dyson sont encore pour longtemps des concepts de science-fiction stimulants.

Je crois en l'Homme, en ses capacités de création et d'innovation, mais je crois qu'il serait naïf de continuer comme si de rien n'était en faisant le pari d'avoir établi une nouvelle plateforme avant d'avoir rendue la Terre invivable pour une bonne partie de l'humanité.
Je ne crois pas être pessimiste, mais pour être réaliste il vaut mieux organiser dès maintenant la décroissance du volume de production des produits artificiels.

samedi 25 avril 2020

Pour un Signal Prix Carbone Mondial

Merci taca.

Le concept rejoint l'idée de ma taxe carbone européenne à l'importation et à l'extraction des énergies fossiles. La version mondiale proposée par taca permet de ne taxer que l'extraction et non l'importation, mais sa mise en oeuvre mondiale complique l'affaire.

Ce « prix carbone » serait collecté mondialement à la source, quand le combustible est mis à disposition dans le circuit économique, sous forme de charbon à la sortie de la mine, sous forme de pétrole ou de gaz à la sortie du puits d’extraction.

La nouveauté est que ce prix carbone n'est pas une recette fiscale destinée à financer les Etats ou des organismes internationaux : taca propose de redistribuer 100% du prix carbone collecté, à part égale à chaque être humain.

Toute l'idée est ici.
"Le Signal Prix Carbone avec 100% redistribution, c’est la solution 3 en 1. L’efficacité du signal prix, la simplicité du prix carbone à la source et la justice d’une part égale pour chaque être humain. Ces 3 qualités pour 1 seul but, réduire nos émissions de gaz à effet de serre et rester sous la barre des +2°C !"

Taca propose un prix de 32€ par tonne de CO2. Il serait important que ce prix soit annoncé croissant sur plusieurs années.

L'idée est intéressante.
La collecte présente une difficulté, car il faudrait convaincre les pays extracteurs de pétrole, de gaz et de charbon. Je n'imagine pas la Russie, l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis accepter cette idée facilement... On pourrait commencer à collecter aux frontières de l'Union Européenne (qui j'espère mènera la transition énergétique).
La redistribution présente également une difficulté : je ne vois pas comment verser 12€/mois à chaque habitant de cette planète, sans passer par des intermédiaires et risquer de voir ces sommes détournées.

vendredi 14 juin 2019

encourager les efforts de décarbonation

J'avais précédemment proposé une taxe carbone taxant l'importation en Europe et l'extraction en Europe des énergies fossiles, avec un mécanisme d'augmentation continue de cette taxe pour encourager les efforts de décarbonation.

Imaginons un instant un autre système :
Au delà d'un seuil de chiffre d'affaire, chaque entreprise devra présenter le bilan carbone de ses activités, et l'on calculera sur quelques années successives le contenu carbone de son activité, c'est-à-dire son ratio entre émissions de gaz à effet de serre et chiffres d'affaire, qu'on mesurera en TCO2/€. Ces chiffres seront rendus publics, ainsi que le contenu carbone des portefeuilles des fonds d'investissement, afin d'encourager les entreprises comme les investisseurs à faire des efforts pour diminuer leur impact carbone.
Les années suivantes, cette entreprise devra soit réduire ses émissions de gaz à effet de serre, soit réduire le contenu carbone de son activité, toujours mesurée en TCO2/€. Si ces 2 indicateurs sont en hausse, cette entreprise pourrait être taxée selon un système à définir (taux lié à la taxe carbone).

Pour les particuliers, le système pourrait être différent : on ne peut pas s'intéresser qu'au ratio entre émissions et revenu.
Dans la population mondiale, les 10% les plus riches sont responsables de près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, quand les 50% les plus pauvres sont responsables de 10% des émissions.
Dans la population française, les 10% les plus riches émettent environ 4 fois plus de gaz à effet de serre que les 50% les plus pauvres.

Les classes aisées sont aussi celles qui émettent le plus de gaz à effet de serre : elles doivent avoir les moyens de réduire leurs émissions sans incitation financière. Les classes les moins aisées émettent moins de gaz à effet de serre mais nous avons aussi besoin qu'elles réduisent leurs émissions.

On pourrait donc pour les particuliers se fixer un seuil d'émission par personne :
* au dessus de ce seuil, si les émissions et le ratio entre émissions et revenu ne diminuent pas, la personne fiscale pourra être taxée selon un système à définir (taux lié à la taxe carbone).
* au dessous de ce seuil, si les émissions ou le ratio entre émissions et revenu diminuent, la personne fiscale pourra recevoir une aide selon un système à définir (taux lié à la taxe carbone).

Tout cela parait bien compliqué, pour passer un seul message :
On attend de chacun la diminution de ses émissions, à tous les niveaux de la société : l'Etat récompense cet effort et punit l'inaction.

jeudi 6 juin 2019

PIB, énergie, CO2

Ces trois indicateurs mis côte à côte :

Je crois de moins en moins que nous arriverons à stabiliser nos émissions de CO2 puis à les réduire tout en continuant à chercher la croissance du PIB.

Et pendant ce temps les températures continuent à croître...

vendredi 10 mai 2019

fin de l'Occident, naissance du monde

A la suite de mes lectures sur les risques d'effondrement de notre civilisation thermo-industrielle, je suis tombé par hasard dans une boîte à livre sur celui-ci :

Les contraintes écologiques interdisent que le niveau de vie occidental se généralise à l’échelle du monde. Il devra donc baisser pour que chacun ait sa juste part. Autrement dit, l’appauvrissement matériel de l’Occident est inéluctable.

(à ce titre, il serait d'ailleurs juste de parler de pays "sous-occidentalisés" et "en voie d'occidentalisation", plutôt que de pays "sous-développés" et "en voie de développement").

Pour réduire la consommation matérielle sans que cela soit vécu dans la souffrance et le sentiment de privation, nous devons inventer une nouvelle définition de la richesse.
Ici une bonne synthèse des 6 idées fortes du livre :

Je partage amplement les priorités de l'auteur :
  1. Reprise de contrôle des marchés financiers, des banques, et de la création monétaire,
  2. Réduction des inégalités,
  3. Ecologisation de l’économie.

mardi 19 février 2019

EROI et effondrement

EROI pour "Energy Returned On Energy Invested", en français "taux de retour énergétique", est  le ratio d'énergie utilisable rapportée à la quantité d'énergie dépensée pour obtenir cette énergie.

Un EROI inférieur à 1 signifie qu'on dépense plus d'énergie dans le processus que l'énergie utilisable que l'on récupère : c'est un "puit" d’énergie plutôt u'une source.

Ce ratio ne cesse de décroître depuis les années 40 :

Il devient de plus en plus cher d'extraire du pétrole, car les gisements les plus facile d'exploitation s'épuisent.

En quoi le EROI est-il important ?
Lisons Charles Hall :
If you've got an EROI of 1.1:1, you can pump the oil out of the ground and look at it. If you've got 1.2:1, you can refine it and look at it. At 1.3:1, you can move it to where you want it and look at it. We looked at the minimum EROI you need to drive a truck, and you need at least 3:1 at the wellhead. Now, if you want to put anything in the truck, like grain, you need to have an EROI of 5:1. And that includes the depreciation for the truck. But if you want to include the depreciation for the truck driver and the oil worker and the farmer, then you've got to support the families. And then you need an EROI of 7:1. And if you want education, you need 8:1 or 9:1. And if you want health care, you need 10:1 or 11:1.
(cité ici en français)

L'épuisement des ressources pétrolières provoque la diminution du EROI, ce qui va rendre difficile de continuer à faire fonctionner notre civilisation entièrement fondée sur la consommation d'énergie fossile bon marché.

Nous voyons donc apparaître la théorie sur les risques d'effondrement de notre civilisation thermo-industrielle.

lundi 19 novembre 2018

prix des carburants

Comme chacun le sait, le prix des carburants en France augmente depuis quelques décennies :
Cette augmentation est de l'ordre de 5% par an entre 1991 et 2016.

Comme chacun le sait, le prix du carburant en France est principalement constitué par les taxes :

Ou encore avec quelques années de recul et une projection à 2022 :

J'imaginais une taxe carbone à géométrie variable, visant à obtenir un taux d'augmentation fixe du prix du baril de pétrole taxé, ce qui offrirait un cadre stable et rassurant pour permettre les investissements nécessaires aux réductions de nos émissions de gaz à effet de serre.
On pourrait aussi imaginer des taxes sur les carburants variable, visant à obtenir de prix à la pompe en croissance arithmétique, passant même en taxes négatives pendant les périodes de pic des cours :

Je ne sais pas dire s'il existe un risque que les pays producteurs s'alignent sur la pente visée, pour maximiser leurs profits.

Quelques points me paraissent essentiels :
1. que cette augmentation des taxes soit annoncée bien à l'avance et maintenue sur un temps suffisamment long, pour permettre aux entreprises et aux ménages de tenir compte de ce contexte.
2. que les revenus générés par ces taxes soient utilisés d'abord pour permettre aux ménages les plus modestes et aux ménages et entreprises les plus impactés de s'adapter à ces nouvelles règles du jeu tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre, par exemple par des aides visant à éliminer gaz et fioul des dispositifs de chauffage, à rénover les logements anciens et améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments, à favoriser les transports en commun (bus, train, vélo, covoiturage local...).
3. que l'on trouve un moyen de taxer les émissions réalisées en France avec du carburant acheté à l'étranger, que que soit le moyen de transport transfrontalier concerné (avions, camions...).
4. que l'on mène une activité diplomatique intense pour promouvoir ce cadre fiscal dans le plus de pays possibles, une des pistes possibles étant une taxe compensant la différence d'engagement écologique (par exemple le contenu en CO2 du produit importé, multiplié par la différence du taux de la taxe carbone entre le produit producteur et l’Union Européenne).

tour solaire, tour flottante, et tour à vortex

J'ai récemment lu le livre "21 énergies renouvelables insolites pour le 21ème siècle":

et j'y ai trouvé une idée pour moi nouvelle :
Tout commence avec le concept de tour solaire : une centrale à énergie renouvelable, construite de manière à canaliser l'air chauffé par le soleil afin d'actionner des turbines pour produire de l'électricité.
Cela a l'inconvénient de nécessiter la construction d'une infrastructure lourde, donc un investissement important.
L'idée se prolonge le concept de tour flottante. Il s'agit de remplacer une partie de la tour rigide par une tour souple en tissu, ce qui réduirait les coûts et la rendrait plus résiliente en cas d'intempéries.
Suite possible : remplacer la séparation entre l'intérieur et l'extérieur de la cheminée par un courant d'air circulaire tourbillonnant. Cela revient à piloter la génération et le maintien d'une tornade, et à en exploiter l'énergie. On appelle cela un Atmospheric Vortex Engine.

Le livre contient de nombreux calculs, tant physique qu'économique, réjouissant pour le bricolo que je suis.J'ai hâte qu'un inventeur entrepreneur concrétise ces idées.

mercredi 20 juin 2018

NegaWatt

Mise à jour du scénario de transition énergétique pour la France pour la période 2017-2050, avec cette courbe d'évolution de la consommation d’énergie primaire dans les scénarios tendanciel et négaWatt, entre 2015 et 2050 :

Sortir du nucléaire

J'ai jusqu'ici beaucoup réfléchi sur l'urgence à sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, parce qu'elles ne sont pas renouvelables et que le stock s'épuise, et parce qu'elles contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et donc au dérèglement climatique.

Mais les risques liés à l'énergie nucléaire ne sont pas négligeables.
En réalité, comme l'écrit "sortir du nucléaire", le dérèglement climatique, la raréfaction des énergies fossiles et la menace nucléaire nous obligent au changement.

Pourquoi vouloir sortir du nucléaire ?
En résumé, l'exploitation de l'énergie nucléaire fait courir des risques importants pour notre santé et notre sécurité mais aussi celle de nos descendants pendant des centaines d'années, n'assure pas notre indépendance énergétique, coûte cher, nécessite des installations très centralisées et donc énormément de lignes très haute tension, produit des déchets qu'on ne sait pas gérer de manière durable, augmente le risque de prolifération des armes atomiques, pollue notre environnement, est vulnérable au dérèglement climatique... Le problème c'est aussi que le financement public de l'industrie nucléaire prive de financement les énergies renouvelables qui en auraient besoin.

L'énergie la moins chère et la moins polluante, c'est celle qu'on ne produit pas et qu'on ne consomme pas. Les solutions pour sortir des (ou a minima réduire notre dépendance aux) énergies fossiles et en même temps de l'énergie nucléaire, ce sont celles de l'association négaWatt : sobriété, efficacité, renouvelables :

lundi 19 juin 2017

PIB : série longue et projection

Angus Maddison cite dans son étude L'économie mondiale : une perspective millénaire  (OCDE, Etudes du centre de développement, 2011) les chiffres suivants :
entre l'an 0 et l'an 1000, le PIB mondial est resté pratiquement stable, autour de 110 milliards de dollars (valeur 1990). entre l'an 1000 et 1820, la croissance du PIB est de l'ordre de 0.22% par an. Entre 1820 et 1998, la croissance économique est de 2.2% par an en moyenne, avec un pic à 5% par an en France pendant les 30 glorieuses.

Ce que l'on retrouve dans cette brève histoire de la croissance.
Pour répondre à la question "quels facteurs de long terme sont générateurs d’une croissance du PIB ?", Damian-Skott ne retient que l'augmentation de la population et les gains de productivité.
Pour ma part je suis convaincu depuis longtemps que la croissance du PIB de ces dernières décennies est liée essentiellement à l'exploitation bon marché des énergies fossiles, ce que j'avais concrétisé en dissociant le PIB en une composante énergétique et une composante humaine.

Nicolas Meilhan se demande "qui du PIB ou du pétrole est apparu en premier ? ", et son raisonnement se prolonge : le pétrole est notre principale source de croissance, il reste beaucoup de pétrole disponible, 
mais notre propension à le payer est limitée à 120$,
donc on laissera sous nos pieds le pétrole à plus de 120$/baril en coût d'extraction, et la croissance diminuera.

jeudi 24 novembre 2016

Objectifs de Développement Durable 2015-2030 : croissance et climat


Je vois une contradiction profonde entre la croissance économique (cible :  taux de croissance annuelle du produit intérieur brut d’au moins 7 % dans les pays les moins avancés) et les mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques (sans objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre).



Je crois que ces 2 objectifs sont trop contradictoires pour nous permettre d'atteindre les objectifs ambitieux que l'on doit se donner pour que la vie reste humainement vivable sur Terre. Je crois que nous devrions travailler à améliorer l'efficacité énergétique du PIB, à réduire le contenu en CO2 de l'énergie consommée, et en même temps organiser la diminution du PIB mondial par habitant. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivé à chaque fois que j'ai travaillé sur le lien entre PIB; consommation d'énergie, et émissions de gaz à effet de serre.

La courbe des émissions mondiales de CO2 permet d'ailleurs de retrouver les hoquets de la croissance mondiale :

taxe carbone et importations (2)

Dans la mise en place d'une taxe carbone, il ne faut pas oublier les transferts d'émissions de gaz à effet de serre entre zones géographiques :

* à la fois des pays extracteurs d'énergie fossile vers les pays consommateurs d'énergie (par exemple 1023MtCO2 de la Russie vers l'Union Européenne, et 700MtCO2 du Moyen-Orient vers l'Union Européenne),


* et des pays manufactures low-cost vers les pays consommateurs de biens manufacturés (par exemple 380MtCO2 de la Chine vers l'Union Européenne).

A une taxe carbone sur l'extraction et l'importation des énergies fossiles, lourdes des émissions potentielle à venir, il faut donc ajouter une taxe carbone sur les importations de produits manufacturés, dont la fabrication a déjà causé des émissions de gaz à effet de serre dont nous subirons les effets pendants des centaines d'année.

Ma réponse est d'affecter à chaque produit importé un contenu de CO2 (celui qui a été émis lors de la fabrication de ce produit), et on appliquerait à cette importation une taxe carbone égale à la différence entre la taxe carbone appliquée dans le pays fabricant et le taxe carbone appliquée en Europe aux importations d'énergies fossiles.

lundi 21 novembre 2016

le vrai prix des carburants fossiles

Quand on cherche des informations sur ce sujet, on en conclut que la plus grande partie du prix de l'essence provient des taxes (en France au moins) :
Mais cela occulte les coûts des externalités négatives, les coûts invisibles des carburants : accidents de voiture, pollution de l'air, frais de fonctionnement des bases militaires pour empêcher les peuples des pays producteurs d'avoir le contrôle sur leur propre pétrole, subventions aux compagnies pétrolières.

Il y a quelques années, l'International Center for Technology Assessment a publié une étude sur le coût réel du carburant fossile, à une époque où le gallon d'essence coûtait 1$ à la pompe.

Les conclusions donnent un surcoût de 4.6$/gallon à 14.2$/gallon, fourchette large vue la difficulté à chiffrer ces coûts. Il ressort clairement que :
* les externalités négatives des carburants fossiles ne sont pas payées par les consommateurs : elles sont payées par les contribuables,
* environ 50% du coût de ces externalités négatives vient de la catégorie "Environmental, Health, and Social Costs of Gasoline Usage",
* environ 30% du coût de ces externalités négatives vient de la catégorie "Other Important Externalities of Motor Vehicle Use", qui rassemble le coût de la sécurisation militaire des approvisionnements pétroliers, le coût des encombrements de la circulation et des accidents de la route, et surtout le coût du changement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre (probablement très sous-estimé à l'époque, mais je ne parviens pas à trouver de mise à jour de cette étude).

Frank Shepard

jeudi 17 novembre 2016

pétrole et entropie

Intéressant :

Un litre d’essence provient de 23 tonnes de matière organique transformée au cours d’une période d’un million d’années (Belpomme Dominique, Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard, 2007).
Et chaque fois que nous brûlons un litre d’essence, nous avons besoin de 5 m2 de forêt pendant un an pour absorber le CO2 émis (Latouche Serge, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007).

Ces deux chiffres illustrent les deux faces d’un même phénomène dévastateur. En amont de la consommation d’essence, le pétrole a nécessité des milliards de tonnes de matière organique et des millions d’années de constitution avant d’être extrait du sol. En aval de la consommation d’essence, les émissions de CO2 représentent des quantités phénoménales de Gaz à Effet de Serre (GES) que la nature doit ingurgiter d’une manière ou d’une autre, jusqu’à l’overdose.

Si je reformule :
d'un côté nous dépensons à grande vitesse ce que la Terre a épargné depuis des millions d'année, et nous laissons à nos descendants une gigantesque dette écologique sous la forme de pollutions diverses et de l'inertie de leurs effets (par exemple décalage temporel entre les émissions de gaz à effet de serre et réchauffement climatique causé par ces émissions).

Il nous faut vraiment re-penser notre rapport au temps long.

J'aimerai lire l'article titré "Entropie et flèche du temps : le rendez-vous manqué de la civilisation industrielle" :
La loi de l’entropie croissante, ou deuxième principe de la thermodynamique, est très précieuse pour comprendre la civilisation industrielle et son impact sur l’environnement global, le système Terre. Elle indique que l’énergie non renouvelable que l’activité humaine transforme se dégrade de façon irréversible. Mais des obstacles culturels profonds bloquent depuis la découverte de cette loi, au XIXe siècle, sa pleine réception dans les sociétés industrielles.

Nous n'avons pas assez conscience que notre civilisation industrielle repose sur la consommation d'énergie. En réalité, cette énergie ne disparaît pas (puisque le premier principe de la thermodynamique nous dit que l'énergie totale se conserve), mais l'entropie totale du système "Terre" augmente, augmentation irréversible comme l'indique le second principe de la thermodynamique.
C'est pourquoi on peut parler de crise entropique plutôt que de crise énergétique.

La seule façon connue de concentrer à nouveau l'énergie à haute entropie de nos émissions de CO2 industrielles dans un carburant fossile à faible entropie, c'est de passer par des êtres vivants, et beaucoup de patience bien sur. En effet, la réduction de l'entropie interne (au détriment de l'entropie externe, bien sûr) peut être retenue comme une caractéristique de la vie. En 1944, dans son livre "Qu'est-ce que la vie ?", le physicien autrichien Erwin Schrödinger introduit le concept de néguentropie, ou entropie négative, pour expliquer la présence de l'ordre à l'intérieur des êtres vivants et leur tendance à s'opposer au chaos et à la désorganisation qui régit les systèmes physiques.

Tout le problème, c'est que ce renouvellement des stocks d'énergies fossiles est un processus qui prend du temps, beaucoup de temps...

jeudi 20 octobre 2016

croissance et dette (2)

A la suite de ce billet, je lis maintenant l'analyse de Manicore datant de fin 2014 :
la quantité totale de ressources naturelles transformées par notre activité, que nous appelons parfois "production industrielle", est passée par un maximum en 2007 et est désormais en baisse, tout comme notre approvisionnement énergétique.
Si le PIB est revenu au niveau de 2007, c’est grâce à une production "non physique", vraisemblablement faite de bulles d’actifs, allant de pair avec un endettement qui a explosé.

jeudi 13 octobre 2016

émissions de CO2 et consommation d'énergie primaire : série longue

Je prolonge ce billet avec quelques graphiques :

* les émissions mondiales de CO2 dues aux combustibles fossiles :

* la consommation mondiale d'énergie primaire :

* et la répartition des émissions de CO2 chaque année et cumulée, ce qui fait le lien avec le concept de justice climatique et le partage des responsabilités :