Juste quelques idées pour contribuer au débat et préparer nos avenirs, par un bricolo de la politique et de l'économie.
mardi 23 février 2021
realpolitik : j'abandonne l'écolo-royalisme
quota d'énergie/matière par individu
Si nous avons vu qu'il serait souhaitable de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, il existe de nombreux chemins pour y parvenir.
En voici un, original, proposé par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton dans leurs Propositions pour un retour sur Terre :
Comptabilité en matière/énergie et instauration de quotas d’énergie/matière par individu (variable en fonction de la situation géographique et de la part « contrainte » des dépenses). Il s’agirait de plafonner démocratiquement, de façon progressive, les consommations d’énergie / matière (et notamment les consommations d’énergie fossile, émettrices de CO2). De tels plafonnements pourraient être mis en place non seulement pour les achats directs d’énergie, mais pour tous les produits (chaque produit serait marqué d’un “prix” en énergie / matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel). Le quota serait calculé par bio-région, selon la formule suivante : empreinte écologique = 1/nombre d’habitants de la bio-région. Ces plafonnements s’accompagneraient de péréquations de façon à garantir à tous les Français des conditions de vie équitables : les régions moins bien dotées pourraient recevoir des “transferts de quotas” provenant des régions les mieux dotées, en respectant à terme une empreinte écologique globale inférieure ou égale à 1. Sans de tels plafonnements, absolus et non négociables, il est impossible de faire baisser les émissions sur un territoire donné, autrement qu’en laissant le marché déterminer le prix des consommations “hors quota” (c’est le principe des “marchés de quotas”, par exemple de la “carte carbone” conçue par les Britanniques avant la crise de 2008, les riches pouvant racheter aux pauvres leurs quotas), ce qui reviendrait à marginaliser une grande partie de la population et à accroître les inégalités sociales.
Il n’y a jamais avec de tels quotas qu’un mode de gestion séculaire, celui des communs, toujours assortis, comme l’a montré Elinor Ostrom, de règles d’usage rigoureuses. Et rappelons-le, nous concernant, nous sommes déjà en situation de surpâturage climatique et biologique.
la pub (2)
Une bonne proposition de la convention citoyenne pour le climat :
Réguler la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation
1. Interdire de manière efficace et opérante la publicité des produits les plus émetteurs de GES, sur tous les supports publicitaires
2. Réguler la publicité pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation
3. Mettre en place des mentions pour inciter à moins consommer
dimanche 1 novembre 2020
Taxe sur les Transactions Financières
Vous aussi, demandez aux Chefs d’état et de gouvernement de créer au plus vite une Taxe sur les Transactions Financières pour donner plus de moyens aux systèmes de santé, au climat et à l’emploi : https://climateandjobs.eu/fr/
mercredi 3 juin 2020
Climat : libertés et responsabilité
lundi 1 juin 2020
croissance et ressources
A l’origine, la croissance économique désigne l’augmentation de la production des biens et services, que l'on mesure classiquement par le taux de croissance du PIB.
Jean--Marc Jancovici a un très bon petit schéma qui relie PIB, stock de ressources naturelles et stock de produits artificiels, fait apparaître le rôle démultiplicateur des énergies fossiles, la boucle de rétroaction positive du capital sur le stock de produits artificiels, et la boucle de rétroaction négative de la pollution sur les ressources naturelles :
(je vous encourage à lire ici la mise en place progressive de ce schéma).
On comprend que produire des biens et des services consomme des ressources naturelles. Au cours de l'histoire, nous avons amélioré l'efficacité de nos systèmes de production de manière à obtenir plus de produits artificiels avec moins de ressources. Mais nous avons entamé les stocks de ressources tant renouvelables que non renouvelables, et une prolongation de la tendance provoquera l'épuisement de ces stocks donc le ralentissement (l'arrêt de l'activité économique).
Toute croissance exponentielle est destinée à s’effondrer un jour. Une objection à cette perspective est que la croissance exponentielle du PIB mondial ne s'est pas faite sur un seul et même stock de ressources naturelles, mais sur des plateformes économiques successives utilisant des ressources différentes : la pierre, les métaux, le bois, le charbon et l'acier, le pétrole et la chimie, l'énergie nucléaire. C'est ce que Solidarité&Progrès présente ainsi dans cette vidéo :
De plus, chaque nouvelle plateforme économique est plus efficace que la précédente : elle consomme moins de matière (ou de ressources naturelles) pour produire plus d'énergie (ou de biens artificiels) : la croissance exponentielle est constituée de l'addition de la production de ces différentes plateformes dont la densité énergétique va croissant :
Ainsi, si nous avions construit le premier schéma en 1900, nous n'aurions pas considéré l'uranium dans le cercle "ressources naturelles".
C'est que dit ici Mathieu Mucherie : "la notion de ressources est extraordinairement élastique. Ce que vous considérez comme une ressource aujourd'hui, ce n'en sera pas une demain, et inversement ce qui n'est pas une ressource aujourd'hui en sera une demain. C'est l'exemple de l'insuline, du pétrole, des fréquences hertziennes. Ces choses ont toujours existé et sont devenues des ressources quand on a fini par les exploiter. Avant de les exploiter économiquement, ces éléments n'étaient pas des ressources."
On peut faire confiance au génie humain pour trouver le socle de la prochaine plateforme économique, qui fera rentrer de nouveaux matériaux dans le cercle des ressources naturelles, et assurera à l'humanité de qui continuer à augmenter la production de biens artificiels et le niveau de vie de l'humanité.
J'ai quelques objections à cette vision optimiste.
D'abord le temps : on observe une accélération du rythme des plateformes économiques, et chaque plateforme franchit un niveau de complexité et implique un niveau de risque plus élevé.
Les pics pétrolier et gazier sont proches (ou déjà passés). Il nous reste peu de temps pour concevoir un substitut, le qualifier (y compris sa sûreté et sa fin de vie), et réaliser le basculement des infrastructures et modes de vie vers cette nouvelle plateforme. J'ai confiance dans le génie humain pour comprendre de plus en plus finement le monde dans lequel nous vivons et en tirer profit (même si pour l'instant nous avons plutôt démontré notre capacité à exploiter les capacités de notre environnement au risque de les abîmer, plutôt que de tirer profit des synergies de cet environnement sans que nos prélèvements le déséquilibrent). Mais le temps presse et j'ai des doutes que nous sachions en si peu de temps mobiliser les efforts et investissements colossaux nécessaires pour industrialiser une alternative et la déployer à grande échelle. A titre d'exemple, on peut étudier comment nous avons développé et mis en oeuvre les plateformes du charbon et de l'acier, ou du pétrole/gaz/chimie, ou de la fission nucléaire (premières connaissances théoriques fin 19ème siècle / début 20ème, et première centrale nucléaire en 1951). Et le nucléaire répond imparfaitement aux usages du pétrole.
Thierry Carminel souligne que la vitesse de diffusion d'une technologie est limitée selon le théorème de Pierce : "Le taux de croissance d’une technologie ne doit pas dépasser l’inverse de son temps de retour énergétique pour que celle-ci mette de l’énergie nette à disposition de la société".
Après cette première objection sur la durée, deuxième objection sur le niveau de complexité. En plus de l'accélération du rythme des plateformes (rendu nécessaire par notre démographie comme par notre appétit insatiable), on observe aussi des sauts de complexité et de niveau de risque. La production de charbon de bois est moins complexe que l'extraction de la houille ; le pétrole et le gaz sont de plus en plus complexes à extraire ; la mise en oeuvre de l'énergie nucléaire demande un niveau scientifique et technologique encore supérieur. Le nucléaire, à titre d'exemple, nous engage sur de très longues durées. Nous avons fait le pari que nous connaîtrions une très longue période de stabilité politique, économique et technologique qui nous permettra de continuer à former des spécialistes, maintenir ou démanteler des installations vieillissantes, surveiller pendant très longtemps des déchets dangereux... La complexité en elle-même peut être un facteur d'effondrement comme Joseph Tainter dans “L'effondrement des sociétés complexes”. Les conséquences d'une erreur humaine sur le fonctionnement d'une mine de charbon ou d'un train ne sont pas du même ordre en terme d'impact comme en terme de durée qu'un accident industriel d'un bateau pétrolier ou d'une usine chimique, lui-même inférieur aux conséquences d'un accident nucléaire.
Troisième objection : même avec une nouvelle plateforme économique qui nous permettrait d'exploiter de nouvelles ressources, nous ne réparerons pas les pertes de biodiversité et nous ne ferions que prolonger la consommation de notre environnement. Même si on peut discuter des chiffres, l'ordre de grandeur est bien là, et nous vivons une extinction massive du vivant (végétaux, insectes, poissons, oiseaux, mammifères..). Nous savons déjà que ces disparitions sont définitives.
Le dérèglement climatique est également une sérieuse menace. Nous allons devoir nous adapter rapidement aux pertes de rendement dans l'agriculture, à l'augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles, à les montées des eaux, etc. En espérant que l'avènement d'une nouvelle plateforme économique sur de nouvelles ressources n’accélérera pas le réchauffement climatique, l'inertie très importante du système climatique mondial fait que nous continuerons à subir les conséquences des émissions de gaz à effet de serre des années passées.
Dernière objection : il est louable de vouloir l'amélioration des conditions de vie de tous les hommes, notamment en terme d'accès à l'eau et à l'alimentation, aux soins et aux connaissances. Je comprends aussi qu'on veuille maintenir le niveau de vie des pays privilégiés. C'est sans doute facile à écrire depuis ma position privilégiée, mais nous savons qu'il n'est pas physiquement possible que tous les hommes vivent aujourd'hui avec le même niveau de confort, en tous cas sur la base des plateformes économiques actuellement maîtrisées. Heureusement, nous savons aussi qu'on peut vivre heureux avec moins de PIB.
Je ne vois pas vraiment quelle pourrait être la prochaine plateforme économique. Le candidat le plus crédible est la fusion nucléaire, mais les coûts engagés sont déjà immenses et on est encore très loin de l'application industrielle. La fusion ne sera pas opérationnelle à grande échelle avant plusieurs dizaines d'années. J'aimerais beaucoup que l'on sache piloter des AVE (Atmospheric Vortex Engine) mais nous ne semblons pas proche de la mise en oeuvre
Les autres pistes comme les sphères ou structures de Dyson sont encore pour longtemps des concepts de science-fiction stimulants.
Je crois en l'Homme, en ses capacités de création et d'innovation, mais je crois qu'il serait naïf de continuer comme si de rien n'était en faisant le pari d'avoir établi une nouvelle plateforme avant d'avoir rendue la Terre invivable pour une bonne partie de l'humanité.
Je ne crois pas être pessimiste, mais pour être réaliste il vaut mieux organiser dès maintenant la décroissance du volume de production des produits artificiels.
mercredi 6 mai 2020
Le monde d'après
"Non à un retour à la normale", demandent 200 artistes et scientifiques répondant à l'appel d'Aurélien Barrau qui demandait déjà d'être sérieux et audacieux.
Pour réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre et préserver les conditions de la vie sur Terre, nous devons ralentir, et tous changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies.
Le temps est venu, crie Nicolas Hulot :
Le temps est venu d'une Europe des solidarités.
Le temps est venu de financer la transition dans les collectivités territoriales.
Le temps est venu de passer du libre-échange au juste échange.
Le temps est venu de relocaliser en France et en Europe.
Le temps est venu de demander des contreparties environnementales aux soutiens budgétaires.
Gaël Giraud déclare qu' il est temps de relocaliser et de lancer une réindustrialisation verte de l’économie française.
Et Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton, publient des propositions pour un retour sur terre pour changer maintenant, et organiser un ralentissement général. J'y retrouve beaucoup de propositions concrètes, et je me pose une question : comment mettre en oeuvre cette révolution ?
et la consultation du collectif #LeJourdAprès











